Comment réguler l’humidité dans une serre ?

Cultiver sous serre permet de protéger les plantes des intempéries, d’avancer les cultures au printemps et de prolonger les récoltes en automne. Mais cet environnement protégé possède aussi un inconvénient : l’humidité peut rapidement s’y accumuler.

Au petit matin, il n’est ainsi pas rare de découvrir les parois couvertes de gouttelettes, voire les feuilles des tomates entièrement humides alors qu’il n’a pas plu. Cette condensation n’est pas anodine. Lorsqu’elle devient fréquente, elle crée des conditions favorables au développement de plusieurs maladies et peut perturber le fonctionnement des plantes.

À l’inverse, une serre extrêmement chaude et sèche en plein été peut provoquer une transpiration excessive des végétaux.

L’objectif n’est donc pas d’obtenir une serre parfaitement sèche, mais de maintenir un climat suffisamment humide pour les plantes tout en évitant la saturation de l’air et la condensation prolongée sur le feuillage.

Pourquoi une serre devient-elle humide ?

L’humidité présente dans une serre provient principalement de trois sources :

  • l’évaporation de l’eau contenue dans le sol ;
  • les arrosages ;
  • la transpiration des plantes.

Une plante absorbe de l’eau par ses racines, mais seule une partie de cette eau est utilisée directement pour son fonctionnement et sa croissance. Une quantité importante est rejetée dans l’atmosphère sous forme de vapeur d’eau par les feuilles.

Plus la végétation devient abondante, plus cette production d’humidité peut être importante.

Dans une serre fermée, cette vapeur d’eau reste en grande partie emprisonnée. Le phénomène devient particulièrement visible pendant la nuit.

Humidité relative et température : deux paramètres indissociables

L’hygrométrie, généralement exprimée en humidité relative (HR), indique la quantité de vapeur d’eau présente dans l’air par rapport à la quantité maximale que cet air pourrait contenir à une température donnée.

La température est donc essentielle.

Un air chaud peut contenir davantage de vapeur d’eau qu’un air froid. Lorsque la température de la serre chute le soir, l’humidité relative augmente même si aucune eau supplémentaire n’est apportée.

Si le refroidissement se poursuit, l’air finit par atteindre son point de rosée : la vapeur d’eau se transforme alors en gouttelettes sur les surfaces les plus froides.

C’est pourquoi une serre qui semblait parfaitement sèche en fin d’après-midi peut être couverte de condensation quelques heures plus tard.

Les parois sont généralement touchées en premier, mais le phénomène peut également concerner les feuilles et les fruits.

Pourquoi trop d’humidité pose-t-elle problème ?

Une humidité élevée n’est pas nécessairement dangereuse pendant quelques heures. Le principal problème apparaît lorsque l’air approche régulièrement de la saturation et que de l’eau reste durablement présente sur les plantes.

Ces conditions favorisent plusieurs agents pathogènes.

Le Botrytis, responsable notamment de la moisissure grise, apprécie particulièrement les atmosphères très humides. INRAE indique par exemple que des humidités relatives proches de 95 %, associées à des températures comprises entre 17 et 23 °C, sont particulièrement favorables à son développement.

Le mildiou de la tomate est lui aussi favorisé par des périodes prolongées d’humidité, de rosée ou de présence d’eau sur les végétaux.

L’objectif prioritaire est donc simple :

éviter que les plantes restent mouillées pendant de longues périodes, particulièrement pendant la nuit.

Une serre couverte de condensation chaque matin doit ainsi être considérée comme un signal indiquant que la gestion du climat peut être améliorée.

À l’inverse, une serre peut-elle être trop sèche ?

Oui, notamment pendant les journées chaudes et ensoleillées.

Lorsque l’air devient très chaud et sec, les plantes augmentent leur transpiration. Elles doivent alors absorber davantage d’eau par leurs racines pour compenser les pertes au niveau des feuilles.

Si le système racinaire n’arrive plus à suivre, la plante ferme progressivement ses stomates afin de limiter ses pertes en eau. Les échanges gazeux et la photosynthèse peuvent alors être ralentis.

En été, la priorité n’est donc pas nécessairement de réduire l’humidité au maximum.

Il faut surtout limiter les températures excessives et maintenir une alimentation en eau régulière, tout en conservant une ventilation importante.

Quelle humidité rechercher dans une serre ?

Il est tentant de fixer une valeur idéale, par exemple 60 ou 70 % d’humidité relative. En pratique, il n’existe pas une valeur universelle adaptée à toutes les plantes et à toutes les températures.

L’humidité relative doit toujours être interprétée en fonction de la température.

Pour un jardinier amateur, il est souvent plus utile de surveiller quelques signes simples :

Situation satisfaisante :
les plantes sèchent rapidement après un arrosage, l’air circule correctement et la condensation matinale reste limitée.

Situation à surveiller :
les parois sont régulièrement couvertes de condensation et le feuillage est encore humide plusieurs heures après le lever du soleil.

Situation problématique :
l’air reste presque saturé pendant de longues périodes, les feuilles sont régulièrement mouillées et les premiers symptômes de maladies apparaissent.

Certaines recommandations professionnelles cherchent ainsi davantage à empêcher la condensation et la présence d’eau libre sur les feuilles qu’à maintenir constamment une valeur d’humidité relative précise.

Au printemps : attention aux nuits froides

Le printemps est probablement l’une des périodes les plus délicates.

Pendant une journée ensoleillée, la température de la serre peut rapidement augmenter. Le sol se réchauffe, les plantes transpirent et l’eau s’évapore.

Puis la température chute fortement après le coucher du soleil.

L’air refroidit et se rapproche rapidement de la saturation : de la condensation apparaît alors sur les parois et éventuellement sur les plantes.

Il faut donc profiter des journées relativement douces pour aérer largement la serre, tout en évitant les arrosages tardifs.

En été : ventiler avant tout

Pendant l’été, le problème principal devient généralement la chaleur.

Une petite serre fermée peut atteindre des températures très élevées en quelques dizaines de minutes lorsqu’elle est exposée au soleil.

Les portes et ouvertures doivent donc rester largement ouvertes pendant les journées chaudes. Dans certaines installations, l’ouverture permanente des portes et lucarnes devient nécessaire pendant une grande partie de l’été.

Un ombrage temporaire peut également réduire la surchauffe.

L’arrosage doit rester suffisant pour répondre aux besoins des cultures, mais cela ne signifie pas qu’il faille maintenir constamment le sol ou les allées détrempés.

L’objectif est plutôt d’associer :

arrosage adapté + ombrage si nécessaire + ventilation maximale.

À l’automne : le retour de la condensation

Lorsque les nuits deviennent plus longues et plus fraîches, la problématique du printemps réapparaît.

Les cultures de tomates, poivrons ou aubergines peuvent encore produire beaucoup de végétation et donc libérer une quantité importante de vapeur d’eau.

Mais les températures nocturnes diminuent fortement.

La condensation devient alors fréquente.

Il faut progressivement réduire les arrosages, supprimer les feuilles inutiles ou malades et conserver une végétation suffisamment aérée.

En hiver : limiter les apports d’eau

Dans une serre froide, les plantes poussent lentement en hiver et consomment beaucoup moins d’eau.

L’évaporation est également faible.

Des arrosages trop importants peuvent donc maintenir durablement une atmosphère humide et des sols gorgés d’eau.

Pendant cette période, il est préférable d’arroser avec parcimonie et de profiter des journées sèches ou ensoleillées pour renouveler l’air.

Même quelques dizaines de minutes d’ouverture peuvent permettre d’évacuer une partie de l’humidité accumulée.

7 gestes simples pour maîtriser l’humidité

1. Aérer quotidiennement

C’est probablement le moyen le plus efficace.

Ouvrez portes, fenêtres ou lucarnes dès que les conditions météorologiques le permettent.

La ventilation permet d’évacuer l’air humide et d’introduire de l’air extérieur.

Contrairement à une idée reçue, aérer peut même être utile lorsque l’air extérieur semble humide. Un air extérieur froid, une fois réchauffé dans la serre, voit son humidité relative diminuer.

2. Arroser plutôt le matin

L’arrosage matinal permet aux plantes et à la surface du sol de sécher pendant la journée.

À l’inverse, un arrosage important en soirée augmente la quantité d’eau disponible pour l’évaporation au moment où la température commence justement à diminuer.

C’est une combinaison particulièrement favorable à la condensation nocturne.

3. Arroser au pied des plantes

Dans la mesure du possible, évitez de mouiller inutilement le feuillage.

Un système de goutte-à-goutte, un tuyau microporeux ou un arrosage directement au pied des cultures permet d’apporter l’eau là où elle est nécessaire.

Cette stratégie réduit également les projections susceptibles de participer à la dispersion de certains agents pathogènes.

4. Espacer suffisamment les plantes

Une serre remplie au maximum n’est pas nécessairement une serre plus productive.

Lorsque les feuilles se chevauchent, l’air circule difficilement au cœur de la végétation.

De véritables poches d’humidité peuvent alors se créer entre les plantes.

Respecter les distances de plantation améliore la circulation de l’air et permet au feuillage de sécher plus rapidement.

5. Éliminer progressivement les feuilles inutiles

Sur les tomates notamment, les feuilles basses vieillissantes ou en contact avec le sol peuvent être retirées progressivement lorsque cela est pertinent.

Cette opération améliore la circulation de l’air autour de la base des plantes et élimine certains tissus sénescents susceptibles d’être colonisés par des champignons opportunistes.

Il ne s’agit toutefois pas de défolier excessivement les plants : les feuilles restent indispensables à la photosynthèse.

6. Éviter l’eau stagnante

Une flaque laissée dans une serre finit par s’évaporer.

Il faut donc éviter autant que possible les excès d’arrosage, les fuites et les zones où l’eau s’accumule durablement.

Un sol bien drainé et des allées correctement aménagées participent directement à la maîtrise de l’humidité.

7. Favoriser la circulation de l’air

Dans une petite serre familiale, les ouvertures naturelles sont généralement suffisantes.

Dans une serre plus importante ou très chargée en végétation, un petit ventilateur peut aider à homogénéiser l’air et à réduire les zones froides où la condensation apparaît plus facilement.

La circulation d’air ne remplace cependant pas le renouvellement de l’air : brasser un air saturé ne suffit pas toujours à éliminer l’excès d’humidité.

Faut-il installer un hygromètre ?

Ce petit investissement peut être très utile.

Un thermo-hygromètre permet de mesurer simultanément :

  • la température ;
  • l’humidité relative ;
  • parfois les valeurs minimales et maximales enregistrées.

Les modèles enregistrant les valeurs nocturnes sont particulièrement intéressants.

Vous pourriez par exemple constater :

18 h : 23 °C – 68 % HR

puis :

23 h : 15 °C – 90 % HR

alors qu’aucun arrosage n’a été effectué entre les deux mesures.

Cette évolution montre concrètement pourquoi température et humidité doivent toujours être interprétées ensemble.

Pour aller plus loin, certains producteurs raisonnent avec le déficit de pression de vapeur (VPD), un indicateur plus précis de la demande évaporative de l’air. Pour une serre familiale, un simple thermo-hygromètre associé à l’observation de la condensation constitue néanmoins déjà un excellent outil.

Une erreur fréquente : fermer complètement la serre pour conserver la chaleur

Au printemps et en automne, la tentation est forte de fermer la serre dès la fin de l’après-midi afin de conserver quelques degrés supplémentaires.

Mais une serre hermétiquement fermée emprisonne également toute l’humidité produite par le sol et les plantes.

Lorsque la température baisse, cette vapeur se condense.

Le gain thermique peut alors se transformer en problème sanitaire.

Dans les serres chauffées professionnelles, l’association d’un léger chauffage et d’une ventilation ponctuelle est d’ailleurs utilisée pour évacuer l’humidité : le réchauffement augmente la capacité de l’air à contenir de la vapeur d’eau, tandis que l’ouverture permet d’évacuer cet air humide.

Dans une serre familiale non chauffée, on cherchera surtout à bien renouveler l’air pendant la journée avant de fermer la serre pour la nuit.

Comment reconnaître une serre trop humide ?

Quelques observations doivent vous alerter :

  • condensation importante chaque matin ;
  • gouttes d’eau tombant du toit sur les plantes ;
  • feuilles régulièrement mouillées au réveil ;
  • sol restant constamment détrempé ;
  • développement rapide de moisissures sur les feuilles ou les débris végétaux ;
  • apparition répétée de Botrytis ou d’autres maladies favorisées par l’humidité.

La présence occasionnelle de buée n’est pas inquiétante. C’est sa répétition et surtout la durée pendant laquelle les plantes restent mouillées qui doivent attirer l’attention.

En résumé : trouver l’équilibre

Réguler l’humidité d’une serre ne consiste pas à rechercher en permanence un chiffre précis sur un hygromètre.

Il faut surtout comprendre les interactions entre température, eau, végétation et ventilation.

Au printemps et en automne, la priorité consiste à limiter la condensation provoquée par les fortes différences entre températures diurnes et nocturnes.

En hiver, on réduit les arrosages et on profite des journées favorables pour renouveler l’air.

En été, on ventile largement afin de limiter la surchauffe tout en maintenant une alimentation en eau adaptée aux besoins des cultures.

Dans tous les cas, quelques principes restent valables :

aérer régulièrement, arroser de préférence le matin, éviter de mouiller le feuillage, laisser circuler l’air entre les plantes et surveiller la condensation.

Une serre bien gérée n’est donc ni totalement sèche ni constamment humide : c’est une serre dans laquelle l’eau est disponible pour les plantes sans rester durablement présente sur leurs feuilles.


Sources

INRAE – Ephytia, Tomate – Biologie, épidémiologie de Botrytis cinerea. Données sur les conditions d’humidité et de température favorables à la moisissure grise.

INRAE – Ephytia, Tomate – Phytophthora infestans (mildiou aérien). Informations sur le rôle des périodes prolongées d’humidité, de rosée et d’eau libre dans le développement du mildiou.

INRAE – Ephytia, Tomate – Méthodes de protection. Recommandations relatives à l’aération des abris, à la réduction de l’hygrométrie et à la prévention de l’eau libre sur les plantes.

CTIFL – Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes, travaux sur la conduite climatique des cultures sous serre et la gestion hygrométrique.

University of Massachusetts Amherst – Greenhouse & Floriculture Program, Reducing Humidity in the Greenhouse. Principes de gestion de l’humidité, du point de rosée, de la ventilation, de l’arrosage et de la circulation de l’air en serre.