Engrais vert d’automne : pourquoi et comment couvrir son potager après les récoltes ?
À la fin de l’été, le potager commence progressivement à se vider. Les pommes de terre sont arrachées, les haricots terminent leur production, les courgettes déclinent et certaines planches de salades ou de légumes d’été se libèrent.
Une question se pose alors : que faire de ces parcelles jusqu’au printemps ?
Plutôt que de laisser la terre nue pendant plusieurs mois, il est possible d’y semer des engrais verts, également appelés couverts végétaux. Phacélie, avoine, seigle, vesce, trèfle ou moutarde occupent temporairement l’espace entre deux cultures.
Cette pratique, très utilisée en agriculture sous différentes formes, présente plusieurs intérêts : protéger le sol, produire de la biomasse, récupérer certains éléments nutritifs, limiter le développement des adventices et préparer la parcelle pour les cultures suivantes. Les travaux d’INRAE montrent notamment l’intérêt des cultures intermédiaires pour réduire les pertes de nitrates pendant les périodes où aucune culture principale ne les absorbe.
Mais toutes les espèces ne remplissent pas exactement les mêmes fonctions. Pour profiter réellement des engrais verts, il faut donc choisir son couvert en fonction de son sol, de la saison et surtout de ce que l’on souhaite cultiver ensuite.
Qu’est-ce qu’un engrais vert ?
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, un engrais vert n’est pas un fertilisant que l’on épand sur le sol.
Il s’agit d’une culture temporaire semée principalement pour les services qu’elle rend au sol et à l’écosystème, et non pour être récoltée et consommée.
Dans le vocabulaire agricole, on rencontre également les expressions culture intermédiaire, culture de couverture, CIPAN — culture intermédiaire piège à nitrates — ou encore culture intermédiaire multi-services.
INRAE souligne justement que ces cultures peuvent remplir plusieurs fonctions simultanément : recyclage des éléments minéraux, protection contre l’érosion, production de matière organique, action sur les adventices ou encore amélioration de certaines propriétés du sol.
Au potager, le principe est simple : dès qu’une parcelle se libère suffisamment longtemps, on peut y installer une végétation temporaire plutôt que de laisser la terre nue.
Pourquoi éviter de laisser le sol nu pendant l’automne et l’hiver ?
Une parcelle vide peut sembler « au repos ». En réalité, elle continue à subir les effets de la pluie, du vent et des variations de température.
Les pluies automnales et hivernales peuvent favoriser le tassement superficiel, la battance et l’érosion. Elles peuvent également entraîner en profondeur certains éléments solubles, notamment les nitrates présents dans le sol.
La présence d’une végétation et de racines permet au contraire de maintenir un sol biologiquement actif et de récupérer une partie des éléments nutritifs disponibles.
Les Chambres d’agriculture rappellent ainsi que les couverts végétaux permettent d’éviter de laisser les sols nus entre deux cultures et peuvent apporter des bénéfices agronomiques, pédologiques et environnementaux.
Au jardin, leur intérêt dépasse donc largement la simple fertilisation.
1. Protéger le sol des pluies
Les feuilles du couvert interceptent une partie des gouttes de pluie avant qu’elles n’atteignent directement la terre.
Cette couverture réduit l’agression mécanique de la pluie sur la surface et contribue à limiter l’érosion et la formation d’une croûte superficielle.
C’est particulièrement intéressant lorsque le potager est situé sur une pente ou lorsque le sol est sensible à la battance.
2. Piéger les éléments nutritifs
Après une culture de légumes, une partie de l’azote minéral peut encore être présente dans le sol.
En automne et en hiver, les pluies peuvent entraîner les nitrates vers les couches profondes du sol, où ils deviennent moins accessibles aux cultures et peuvent rejoindre les eaux.
Un couvert en croissance absorbe une partie de cet azote pour fabriquer ses feuilles et ses racines. C’est le principe des cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN).
Les travaux synthétisés par INRAE montrent que ces cultures sont efficaces, dans la plupart des situations étudiées, pour réduire la lixiviation des nitrates.
Lorsque le couvert meurt ou est détruit, une partie des éléments contenus dans sa biomasse est progressivement recyclée.
3. Produire de la matière organique
Un engrais vert produit deux types de biomasse : celle que l’on voit — feuilles et tiges — et celle qui reste cachée dans le sol — les racines.
Une fois le couvert détruit, cette matière végétale alimente progressivement les processus biologiques du sol.
Il faut néanmoins éviter une idée trop simpliste : semer un engrais vert ne transforme pas instantanément un sol pauvre en sol riche en humus. L’évolution de la matière organique et de la structure d’un sol est un processus progressif, dépendant notamment du type de sol, du climat et de la gestion répétée des apports organiques.
INRAE identifie néanmoins l’apport de matière organique et l’amélioration de certaines propriétés physiques parmi les services pouvant être apportés par les cultures intermédiaires.
4. Entretenir la structure du sol
Les racines explorent le sol de différentes manières.
Les graminées comme le seigle ou l’avoine développent un réseau racinaire très dense dans les horizons superficiels. D’autres plantes possèdent des racines plus profondes.
À leur disparition, les racines laissent également de petits passages qui participent à la porosité du sol.
Il serait toutefois excessif de présenter les engrais verts comme un « motoculteur naturel » capable de supprimer à lui seul un tassement important. Les recherches d’INRAE montrent que la restauration de la porosité d’un sol compacté implique des mécanismes complexes faisant notamment intervenir les racines et la macrofaune du sol.
Quel engrais vert choisir au potager ?
Le meilleur engrais vert n’existe pas. Le choix dépend de l’objectif recherché, de la période de semis et de la culture qui suivra.
La phacélie : une excellente généraliste
La phacélie (Phacelia tanacetifolia) est particulièrement intéressante au potager.
Elle pousse rapidement lorsque les conditions sont favorables et forme un couvert dense. Autre avantage : elle appartient à la famille des Boraginacées, relativement peu représentée parmi les légumes courants.
Elle s’intègre donc facilement dans de nombreuses rotations potagères.
En revanche, elle est sensible aux fortes gelées. Dans les régions aux hivers froids, le gel peut ainsi assurer naturellement une partie de sa destruction.
Le seigle : pour une couverture hivernale robuste
Le seigle est particulièrement intéressant lorsque l’on souhaite maintenir un couvert pendant l’hiver.
Rustique et résistant au froid, il développe un système racinaire important et produit beaucoup de biomasse.
Il convient particulièrement aux parcelles qui ne seront réutilisées qu’au printemps.
Son principal inconvénient est justement sa vigueur : un seigle bien développé peut être plus difficile à détruire au printemps qu’un couvert gélif.
Il faut donc anticiper suffisamment sa destruction avant d’installer les légumes suivants.
L’avoine : une graminée facile à intégrer
L’avoine constitue également une bonne solution pour couvrir rapidement une parcelle.
Son réseau racinaire dense contribue à explorer les premiers horizons du sol et elle produit une quantité intéressante de biomasse.
Elle peut être utilisée seule mais aussi associée à une légumineuse, par exemple une vesce.
La vesce : intéressante pour l’azote
La vesce appartient à la famille des Fabacées, comme les pois, haricots et fèves.
Ces plantes vivent en association avec des bactéries capables de fixer l’azote atmosphérique. Elles présentent donc un intérêt particulier lorsqu’on cherche à introduire de l’azote dans le fonctionnement biologique du système.
Une association vesce + avoine ou vesce + seigle permet de combiner plusieurs fonctions : la céréale fournit une couverture importante tandis que la légumineuse apporte une fonction complémentaire liée à l’azote.
Les recherches conduites sur les cultures intermédiaires s’intéressent d’ailleurs particulièrement aux mélanges de légumineuses et de non-légumineuses afin de combiner plusieurs services.
La moutarde : efficace, mais attention aux rotations
La moutarde blanche pousse très rapidement et peut produire un couvert important en quelques semaines.
Elle appartient cependant aux Brassicacées, comme les choux, radis, navets ou roquettes.
Dans un petit potager où ces légumes occupent déjà une place importante, mieux vaut donc réfléchir à son intégration dans la rotation.
C’est une règle importante : un engrais vert est une véritable culture et doit lui aussi être pris en compte dans la succession des familles botaniques.
À quelle période semer les engrais verts d’automne ?
Il est généralement préférable de semer le plus rapidement possible après la récolte de la culture précédente.
Pourquoi ?
Parce qu’un couvert semé tôt dispose de davantage de chaleur et de lumière pour germer et produire de la biomasse avant l’arrivée du froid.
C’est particulièrement important pour les espèces sensibles aux températures basses.
En pratique, les premières parcelles libérées à la fin de l’été peuvent donc être semées rapidement, tandis que les espèces les plus rustiques permettent des implantations plus tardives.
La date idéale dépend fortement du climat local et de l’espèce choisie.
Comment semer un engrais vert ?
La mise en place est généralement beaucoup plus simple que celle d’une culture potagère classique.
Après la dernière récolte, retirez les principaux résidus malades ou gênants ainsi que les adventices déjà montées en graines.
Il n’est pas nécessaire de retourner profondément le sol.
Un passage superficiel au croc, à la griffe ou au râteau suffit généralement pour ameublir les premiers centimètres et créer un lit de semences favorable.
Les graines peuvent ensuite être semées à la volée, en essayant de les répartir régulièrement sur toute la surface.
Passez légèrement le râteau afin de mettre les graines en contact avec la terre, sans les enfouir trop profondément, puis tassez légèrement.
Si le sol est sec, un arrosage léger favorisera la germination.
Une fois correctement implanté, le couvert va progressivement occuper l’espace.
Faut-il semer très dense ?
Un couvert suffisamment dense ferme rapidement l’espace disponible et limite ainsi le développement de certaines adventices.
Mais semer beaucoup plus que nécessaire n’apporte pas forcément de bénéfice supplémentaire.
Les plantes peuvent alors entrer fortement en concurrence entre elles et produire des individus moins développés.
Il est donc préférable de respecter la densité recommandée pour chaque espèce ou mélange plutôt que d’appliquer une dose unique à tous les engrais verts.
Quand faut-il couper l’engrais vert ?
C’est probablement l’une des étapes les plus importantes.
La date de destruction dépend de l’espèce et de la date prévue pour la culture suivante.
Une règle simple peut néanmoins être retenue : éviter généralement de laisser le couvert produire abondamment des graines, sous peine de retrouver des repousses dans les cultures suivantes.
Pour les espèces gélives, le froid peut effectuer une partie du travail.
Pour les espèces rustiques comme le seigle, une intervention mécanique sera généralement nécessaire.
Le couvert peut être fauché, coupé ou broyé puis laissé quelque temps à la surface du sol.
Contrairement à une pratique longtemps courante, il n’est pas indispensable d’enfouir profondément toute cette matière végétale.
Une décomposition en surface ou un mélange très superficiel au sol peut être privilégié selon le type de couvert et la manière dont la planche sera cultivée ensuite.
Il est surtout nécessaire d’anticiper : une masse importante de végétaux fraîchement coupés juste avant un semis de carottes ou de radis, par exemple, risque de compliquer fortement la préparation du lit de semences.
Engrais vert ou paillage : faut-il choisir ?
Les deux techniques ne répondent pas exactement aux mêmes objectifs.
Un paillage protège immédiatement le sol avec une matière déjà produite ailleurs : feuilles mortes, paille, foin, broyat…
Un engrais vert, lui, produit directement sa biomasse sur place et maintient des racines vivantes dans le sol pendant sa croissance.
Il n’est donc pas nécessaire de les opposer.
Dans un même potager, certaines parcelles peuvent être paillées tandis que d’autres accueillent un couvert végétal.
Le choix dépend notamment de la durée pendant laquelle la planche restera libre.
Et si l’on mélangeait plusieurs engrais verts ?
C’est souvent une solution particulièrement intéressante.
Au lieu de demander à une seule espèce de remplir toutes les fonctions, on peut associer plusieurs familles végétales.
Par exemple :
avoine + vesce
→ couverture rapide + réseau racinaire dense + légumineuse ;
seigle + vesce
→ couverture hivernale robuste + forte biomasse + légumineuse ;
phacélie + légumineuse
→ diversification du couvert et complémentarité des systèmes racinaires.
Cette approche rejoint celle des cultures intermédiaires multi-services, étudiées notamment par INRAE : l’objectif n’est plus simplement de « fertiliser » mais de combiner plusieurs fonctions — recyclage des éléments minéraux, couverture du sol, production de matière organique, gestion des adventices et protection contre l’érosion.
Un sol occupé plutôt qu’un sol abandonné
Semer un engrais vert après une récolte transforme finalement une période souvent considérée comme creuse en véritable étape de la rotation du potager.
Au lieu de laisser une planche vide pendant plusieurs mois, le jardinier utilise une culture temporaire pour protéger le sol, produire de la biomasse et recycler certains éléments nutritifs.
Les engrais verts ne sont cependant pas une recette universelle. Une phacélie semée en septembre, un mélange avoine-vesce ou un seigle destiné à passer l’hiver ne se conduisent pas de la même manière.
La bonne question n’est donc pas seulement « quel engrais vert semer ? », mais plutôt :
« Que doit apporter ce couvert à mon sol et quelle culture prendra sa place ensuite ? »
C’est en intégrant les engrais verts à la rotation générale du potager qu’ils deviennent réellement intéressants.
SOURCES :
INRAE – Réduire les fuites de nitrate au moyen de cultures intermédiaires ; INRAE – Raisonner ensemble cultures de rente et cultures intermédiaires ; Chambres d’agriculture France – Les avantages des couverts végétaux ; Chambres d’agriculture France – Développer les couverts végétaux ; et INRAE – Cultures intermédiaires multi-services
